Nouveaux droits au chômage : ce qui va changer pour vous
Le décret du 15 mars 2026 modifiant l’avenant Unédic n°2023-01 introduit une obligation de formation certifiante pour les demandeurs d’emploi seniors de plus de 55 ans, sous peine de déchéance partielle des allocations. Ce dispositif, encore en phase pilote dans plusieurs régions, redessine les conditions d’indemnisation bien au-delà des ajustements entrés en vigueur au 1er avril 2025.
Décret de mars 2026 sur la formation seniors : un mécanisme de déchéance inédit
La nouveauté réglementaire la plus structurante concerne les allocataires de plus de 55 ans. Le décret n°2026-247 du 15 mars 2026 conditionne le maintien intégral des allocations chômage à l’engagement dans un parcours de formation certifiante validé par France Travail. En cas de refus ou d’abandon sans motif légitime, une déchéance partielle s’applique.
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Nous observons ici un changement de philosophie. Jusqu’à présent, les seniors bénéficiaient de durées d’indemnisation plus longues sans contrepartie formative obligatoire. Le nouveau texte aligne la logique sur celle du contrat d’engagement, mais avec une sanction directe sur le montant de l’allocation, pas seulement sur l’accompagnement.
Le dispositif reste en test pilote dans plusieurs régions. Les retours terrain détermineront si la généralisation intervient avant la fin 2026 ou si des ajustements sont nécessaires, notamment sur la liste des formations éligibles et les critères de « motif légitime » d’abandon.
Sanctions et obligations des demandeurs d’emploi après la réforme chômage 2025

Le contrat d’engagement introduit par la réforme formalise les obligations de chaque allocataire. Concrètement, chaque demandeur d’emploi signe un document précisant ses engagements de recherche active et d’assiduité aux actions prescrites. Le non-respect déclenche un processus gradué : avertissement, puis réduction, puis suspension temporaire.
- Les sanctions prévoient aussi des cas de radiation pour absence prolongée et non justifiée aux actions de formation prescrites
Pour les conseillers France Travail, la charge de travail associée à ces contrôles soulève des questions de faisabilité que le rapport de la Cour des comptes de février 2026 a documentées.
Contentieux en hausse : ce que révèle le rapport de la Cour des comptes sur France Travail
Le rapport publié en février 2026 par la Cour des comptes, intitulé « Le fonctionnement de France Travail face à la réforme de l’assurance chômage », met en lumière une augmentation significative des recours contentieux contre l’opérateur depuis avril 2025. Les litiges portent principalement sur les délais de traitement des demandes d’indemnisation.
Ce constat rejoint les retours d’une enquête syndicale de la CGT menée auprès de 2 500 bénéficiaires entre avril et octobre 2025. Les travailleurs indépendants y signalent des délais de carence prolongés dus à des erreurs administratives, avec une baisse de satisfaction post-réforme.
Deux facteurs alimentent cette tendance. D’abord, la complexité accrue du calcul du salaire journalier de référence, qui intègre désormais des ajustements pour les périodes de maladie, de temps partiel et d’activité mixte. Ensuite, l’inscription automatique à France Travail, qui génère un afflux de dossiers que les systèmes d’information n’absorbent pas toujours dans les délais réglementaires.
Bonus-malus employeur et allocation chômage : calendrier et impact sur l’indemnisation

Le dispositif de bonus-malus sur les cotisations patronales d’assurance chômage reste l’un des leviers les moins compris par les employeurs. Son principe : moduler le taux de contribution en fonction du recours aux contrats courts dans un secteur donné. Les entreprises qui génèrent le plus de fins de contrat voient leur taux augmenter, celles qui stabilisent l’emploi bénéficient d’une réduction.
L’échéance de mars 2026 prévoit un réajustement des secteurs concernés et des seuils de modulation. Nous recommandons aux DRH de vérifier dès maintenant leur positionnement sectoriel, car le bonus-malus impacte directement le coût de séparation pour l’entreprise et, indirectement, la capacité des salariés à ouvrir des droits en cas de rotation rapide des contrats.
Pour les demandeurs d’emploi, l’effet est indirect mais réel. Dans les secteurs à forte rotation (hôtellerie-restauration, intérim, agroalimentaire), le bonus-malus pousse les employeurs vers des contrats plus longs, ce qui facilite l’atteinte du seuil minimal de six mois travaillés nécessaire à l’ouverture de droits à l’allocation chômage.
Durée d’indemnisation chômage en Europe : vers un alignement progressif
Plusieurs discussions au niveau européen portent sur une harmonisation des droits au chômage au sein de l’Union. La France, dont la durée maximale d’indemnisation comptait parmi les plus longues d’Europe, est directement concernée par ces orientations.
Ce cadre européen ne s’impose pas encore de manière contraignante sur les paramètres nationaux, mais il oriente les négociations entre partenaires sociaux. La prochaine convention d’assurance chômage devra intégrer cette variable, surtout si une nouvelle lettre de cadrage gouvernementale reprend les préconisations issues de ces travaux.
Les allocataires seniors sont les premiers touchés par cet alignement, puisque l’évolution des bornes d’âge pour les durées allongées a déjà été amorcée en 2024-2025. La combinaison de ces orientations européennes et de l’obligation de formation certifiante du décret de mars 2026 dessine un modèle où la durée d’indemnisation dépend autant de l’âge que de l’effort de reconversion documenté.
La période qui s’ouvre reste instable sur le plan réglementaire. Entre la montée des contentieux documentée par la Cour des comptes, les ajustements du bonus-malus et l’entrée en vigueur progressive du décret seniors, chaque allocataire a intérêt à vérifier précisément sa situation auprès de France Travail plutôt que de se fier aux règles générales.