Retraite

Chômage et retraite : l’attribution des trimestres expliquée

Les périodes de chômage génèrent des trimestres assimilés pour la retraite de base. Ces trimestres ne reposent sur aucune cotisation versée : ils sont attribués sur la base de la durée d’inscription ou d’indemnisation, selon des règles qui varient entre chômage indemnisé et chômage non indemnisé. Le mécanisme paraît simple, mais plusieurs cas de figure modifient radicalement le nombre de trimestres validés.

Trimestres assimilés : le mécanisme d’attribution au régime général

Un trimestre assimilé fonctionne différemment d’un trimestre cotisé. Quand un salarié travaille et cotise, il valide des trimestres en fonction du revenu soumis à cotisation. Au chômage, le trimestre est attribué sans cotisation, sur la seule base de la durée de la période prise en compte.

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Pour le chômage indemnisé (allocation d’aide au retour à l’emploi, ARE), la règle est directe : 50 jours d’indemnisation valident 1 trimestre. Quatre trimestres maximum peuvent être validés par année civile. La période retenue court du premier au dernier jour d’indemnisation effective.

Le point à retenir : ces trimestres comptent pour la durée d’assurance (et donc pour le taux plein), mais ils n’entrent pas dans le calcul du salaire annuel moyen. Le montant de la pension s’en trouve mécaniquement réduit si les années de chômage remplacent des années de salaire plus élevé dans les 25 meilleures années retenues.

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Chômage non indemnisé : les plafonds qui limitent la validation de trimestres

Le chômage non indemnisé obéit à des règles plus restrictives, avec deux cas de figure distincts.

  • Si la période de chômage non indemnisé succède à une période de chômage indemnisé, la première année est prise en compte intégralement (4 trimestres maximum). Au-delà, la durée validable passe à un an supplémentaire, portée à cinq ans pour les assurés de 55 ans et plus justifiant d’au moins 20 ans de cotisation.
  • Si la personne n’a jamais été indemnisée avant cette période de chômage, seule la première période de chômage non indemnisé est prise en compte, dans la limite de 6 trimestres (soit un an et demi).
  • Dans tous les cas, l’inscription à France Travail est une condition préalable. Sans inscription, aucune période n’est retenue, même si le demandeur d’emploi peut prouver sa recherche active.

Ces plafonds créent un angle mort pour les chômeurs de longue durée en fin de carrière. Une personne perdant son emploi à 58 ans, indemnisée deux ans puis non indemnisée, ne validera des trimestres non indemnisés que pendant cinq années supplémentaires au maximum.

Femme en rendez-vous dans une agence pour l'emploi, discutant de la validation de trimestres de retraite pendant une période de chômage

Suppression de l’ASS et retraite anticipée : deux évolutions récentes

L’Allocation Spécifique de Solidarité (ASS), versée aux demandeurs d’emploi ayant épuisé leurs droits à l’ARE, permettait elle aussi de valider des trimestres selon la même règle des 50 jours. Sa suppression annoncée change la donne pour les chômeurs seniors qui comptaient sur ce dispositif pour atteindre le taux plein. Les périodes d’ASS antérieures à la suppression restent validées, mais les nouvelles périodes ne généreront plus de trimestres par ce biais.

Autre évolution à surveiller : à partir de septembre 2026, de nouveaux trimestres seront pris en compte pour la retraite anticipée pour carrière longue. Cette mesure pourrait bénéficier aux assurés dont le parcours mêle activité précoce et périodes de chômage indemnisé, en élargissant la liste des trimestres réputés cotisés.

Depuis la réforme de 2023, l’âge légal de départ monte progressivement à 64 ans pour les générations nées à partir de 1968, avec 172 trimestres requis pour le taux plein. Ce relèvement mécanique allonge la période pendant laquelle un épisode de chômage peut survenir, et une hausse des rachats de trimestres est observée chez les chômeurs seniors cherchant à compenser les lacunes dues au chômage non indemnisé.

Retraite complémentaire Agirc-Arrco : des points sous conditions

Le régime de base n’est qu’une partie du calcul. La retraite complémentaire Agirc-Arrco attribue des points pendant les périodes de chômage indemnisé, sur la base du salaire journalier de référence utilisé pour calculer l’ARE.

Les périodes de chômage non indemnisé ne génèrent aucun point Agirc-Arrco. C’est une différence majeure avec le régime de base, où le chômage non indemnisé peut encore valider des trimestres (dans les limites vues plus haut). Un demandeur d’emploi non indemnisé pendant trois ans perd trois années de points complémentaires, ce qui pèse directement sur le montant final de la pension.

Chômage non indemnisé à l’étranger : le cas des expatriés hors convention bilatérale

Un expatrié qui perd son emploi dans un pays lié à la France par une convention bilatérale de sécurité sociale peut, sous conditions, faire reconnaître ses périodes de chômage pour la retraite française. La situation se complique radicalement en l’absence de convention bilatérale.

Sans convention, les périodes de chômage non indemnisé à l’étranger ne sont pas prises en compte par le régime général français. L’assuré n’est pas inscrit à France Travail (condition requise pour la validation), et le pays de résidence ne transmet aucune attestation reconnue par la Cnav.

Concrètement, un salarié ayant travaillé dix ans dans un pays sans convention, licencié sur place et rentrant en France après une période de recherche d’emploi locale, repart de zéro pour la validation de trimestres. Seule l’inscription à France Travail au retour en France ouvre de nouveaux droits, et uniquement à compter de la date d’inscription.

Le rachat de trimestres reste alors la seule option pour combler le manque. Le coût dépend de l’âge de l’assuré au moment du rachat et de l’option choisie (taux seul ou taux et durée d’assurance). Pour les expatriés concernés, anticiper le retour en France et s’inscrire rapidement à France Travail limite la casse sur la durée d’assurance.

La vérification du relevé de carrière sur le site info-retraite.fr reste le moyen le plus fiable de repérer les trimestres manquants, qu’ils soient liés à du chômage en France ou à une période à l’étranger non comptabilisée. Les corrections sont possibles, mais elles supposent de fournir des justificatifs que les administrations étrangères ne délivrent pas toujours.