Un dirigeant de SAS perçoit 15 000 euros de dividendes et quelques centaines d’euros d’intérêts sur un compte à terme. Sa déclaration préremplie affiche la case 2BH, et il se demande s’il doit cocher 2OP pour basculer au barème progressif. La réponse dépend de son taux marginal d’imposition, mais aussi de l’ensemble des revenus mobiliers du foyer, ce qui rend l’arbitrage moins évident qu’il n’y paraît.
Case 2BH sur la déclaration 2042 : ce qu’elle contient vraiment
La ligne 2BH regroupe les revenus de capitaux mobiliers déjà soumis au prélèvement forfaitaire non libératoire. Concrètement, on y retrouve les dividendes et les intérêts pour lesquels l’établissement payeur a prélevé un acompte de 12,8 % à la source.
Ce montant n’est pas un impôt définitif. C’est un acompte, comparable à une avance sur l’impôt final. Lors de la déclaration, deux chemins s’ouvrent : laisser le PFU s’appliquer (la flat tax à 12,8 % d’impôt sur le revenu, plus 17,2 % de prélèvements sociaux), ou cocher la case 2OP pour soumettre ces revenus au barème progressif.
La case 2BH sert de base de calcul dans les deux cas. Ne pas la remplir correctement fausse l’ensemble de l’arbitrage fiscal. Si votre IFU (imprimé fiscal unique) mentionne un montant en 2BH, il doit correspondre exactement à ce qui figure sur votre déclaration préremplie.
Barème progressif ou PFU : le seuil du taux marginal d’imposition
Le raisonnement de base est simple. Le PFU taxe les revenus mobiliers à 12,8 % d’impôt sur le revenu. Si votre TMI (taux marginal d’imposition) est inférieur à ce seuil, le barème progressif coûte moins cher. Si votre TMI atteint 30 % ou plus, le PFU reste généralement plus avantageux.

En pratique, deux tranches du barème sont concernées par l’arbitrage :
- Les foyers dans la tranche à 0 % : le barème est systématiquement gagnant puisque l’impôt sur les revenus mobiliers tombe à zéro (les prélèvements sociaux restent dus).
- Les foyers dans la tranche à 11 % : le barème progressif est presque toujours plus intéressant que le PFU, d’autant que les dividendes bénéficient d’un abattement de 40 % avant application du barème.
- Les foyers dans la tranche à 30 % : le PFU reprend l’avantage dans la majorité des configurations, sauf cas particulier lié au quotient familial ou à des crédits d’impôt spécifiques.
Ce découpage semble limpide, mais il masque un piège fréquent.
Option globale pour le barème : le piège qui change le calcul des dividendes et intérêts
Cocher la case 2OP n’affecte pas uniquement les dividendes. L’option pour le barème progressif est globale : elle s’applique à l’ensemble des revenus de capitaux mobiliers et des plus-values mobilières de l’année. On ne peut pas choisir le barème pour les dividendes et garder le PFU pour les intérêts ou les plus-values.
C’est là que l’arbitrage se complique. Prenons un foyer qui perçoit à la fois des dividendes (avantagés par l’abattement de 40 % au barème) et une plus-value sur cession de valeurs mobilières. En basculant tout au barème, la plus-value remonte dans le revenu imposable et peut faire grimper le taux effectif sur l’ensemble.
Avant de cocher 2OP, on doit donc additionner tous les flux concernés :
- Dividendes (case 2DC, reportés en 2BH après acompte)
- Intérêts de comptes, obligations, PEL imposables
- Plus-values mobilières déclarées en complément (formulaire 2074)
- Éventuels rachats d’assurance-vie hors du cadre exonéré
Si les intérêts ou les plus-values représentent une part significative du total, le gain obtenu sur les dividendes peut être annulé par le surcoût sur les autres lignes.
Quotient familial et revenu par part : un paramètre sous-estimé
Le TMI seul ne suffit pas. Un couple avec deux enfants dispose de trois parts fiscales. Leurs revenus mobiliers, une fois réintégrés dans le barème, sont divisés par ce quotient familial avant application des tranches. Un revenu mobilier modeste rapporté à un nombre de parts élevé peut rester dans la tranche à 11 %, même si le revenu global du foyer semble confortable.
L’avantage du quotient familial est toutefois plafonné par demi-part supplémentaire. Pour les foyers avec des parts liées à des situations spécifiques (invalidité, ancien combattant, parent isolé), le gain réel dépend du plafonnement applicable. Les retours varient sur ce point selon la composition exacte du foyer.
Simuler avant de cocher 2OP : méthode concrète pour la déclaration
Le simulateur officiel sur impots.gouv.fr permet de tester les deux options. La méthode la plus fiable consiste à remplir la déclaration une première fois sans cocher 2OP (le PFU s’applique par défaut), noter le montant d’impôt, puis recommencer en cochant 2OP.
Comparez les deux montants nets après restitution de l’acompte. Le prélèvement de 12,8 % déjà versé (visible en case 2CK) vient en déduction de l’impôt final dans les deux scénarios. Ce n’est donc pas un coût supplémentaire : c’est un crédit d’impôt.
Un point technique souvent négligé : si le montant de l’acompte dépasse l’impôt dû au barème, le fisc rembourse la différence. C’est précisément ce mécanisme qui rend le barème intéressant pour les foyers faiblement imposés, puisqu’ils récupèrent une partie de l’acompte prélevé à la source.

Revenus 2025 et déclaration 2026 : ce qui change sur le caractère irrévocable
Jusqu’à présent, l’option pour le barème progressif était irrévocable une fois la déclaration déposée. La loi de finances a supprimé ce caractère irrévocable à compter du 1er janvier 2026, mais cette modification ne concerne pas encore les revenus de 2025 déclarés en 2026.
Pour la campagne déclarative en cours, l’option 2OP reste irrévocable après la date limite de dépôt. Le service de correction en ligne permet certes de modifier certaines cases, mais la prudence impose de simuler avant de valider. À partir des revenus 2026 (déclarés en 2027), il sera possible de revenir sur ce choix, ce qui réduira le risque d’erreur.
Le vrai levier reste la simulation comparative. Un foyer dont le TMI est à 11 % et qui ne perçoit que des dividendes a presque toujours intérêt à cocher 2OP. Dès que des intérêts ou des plus-values s’ajoutent au tableau, l’arbitrage mérite un calcul ligne par ligne. Le simulateur officiel reste l’outil le plus fiable pour trancher.

